La production française de muguet est majoritairement située dans le bassin nantais et en Pays de la Loire qui assurent environ 85 % à 95 % des volumes nationaux en brins et en pots. Cette spécialisation régionale, fruit d’une longue tradition maraîchère, mobilise aujourd’hui une douzaine d’exploitations spécialisées.
Une implantation historique liée au savoir faire maraîcher
La culture de cette fleur à clochettes a été introduite dans le pays nantais après la Première Guerre mondiale, initialement à Saint-Sébastien-sur-Loire. Les maraîchers locaux ont su tirer profit de leurs terres sablonneuses, particulièrement propices au développement des racines filantes.
Ces professionnels maîtrisaient déjà des techniques de forçage grâce à l’usage de châssis, traditionnellement destinés aux légumes primeurs comme les carottes ou les poireaux. Le matériel, disponible et libre d’utilisation au moment de la pousse printanière du muguet, a facilité cette reconversion agricole. Après la Seconde Guerre mondiale, le déplacement des exploitations vers la périphérie nantaise a permis aux producteurs de s’agrandir et de structurer cette filière devenue emblématique.
La culture exigeante et mécanisée du muguet
La production de muguet nécessite trois années de développement avant de produire des fleurs. Les horticulteurs doivent ajuster la floraison en fonction des conditions météorologiques, en utilisant des serres ou des systèmes d’occultation pour le forçage.
Face aux difficultés de recrutement, la filière a entamé une transition technologique majeure dans les années 1990. En 1992, l’adaptation d’une machine à trier les glaïeuls a permis la création d’un prototype de calibreuse pour le muguet, suivi par des modèles plus performants en 1996. Cet investissement a entraîné une concentration du secteur alors que 120 exploitations produisaient cette fleur il y a trente ans, elles ne sont plus que 12 aujourd’hui.
Une tradition du porte bonheur aux multiples usages
Si le 1er mai est associé à la vente de muguet comme porte-bonheur, le commerce sur la voie publique ne représente que 7 % des volumes écoulés. L’autrice Agnès Laurent, dans son ouvrage Clochettes, une histoire du muguet, précise que la popularisation de cette fleur est liée au chansonnier Félix Mayol, qui en portait à la boutonnière au début du 20e siècle.
Au-delà de son usage ornemental, le muguet a longtemps été exploité en médecine pour ses propriétés cardiotoniques, bien que cette pratique soit aujourd’hui très encadrée en raison de la toxicité des hétérosides contenus dans la plante. En parfumerie, si l’extraction naturelle reste complexe, la senteur est largement reproduite par synthèse. Malgré le faible nombre d’acteurs restants, la filière nantaise, qui génère un chiffre d’affaires estimé entre 20 et 30 millions d’euros, mise sur la relève pour préserver ce patrimoine indissociable de son identité.